Logiciel sur mesure ou progiciel : vos outils sont-ils adaptés à vous ?
Logiciel sur mesure ou progiciel ? Ressaisies, tableurs à côté, fonctions inutilisées : les signes que vos équipes s'adaptent à l'outil, et quand acheter plutôt que développer.
18 min de lecture
Sébastien Nobour
Fondateur de DEVEDANOS
Depuis fin 2024, une annonce revient régulièrement sur les réseaux sociaux et dans la presse économique : c’est la fin des SaaS. Un SaaS (Software as a Service, logiciel en tant que service) est un logiciel hébergé par son éditeur, que l’on utilise en ligne et que l’on paie chaque mois, souvent par utilisateur.
Si vous dirigez une start-up ou une PME, vous en utilisez sans doute plusieurs. Vous en vendez peut-être un. Ce débat pose une question qui vous concerne : quand vous payez un logiciel, que payez-vous vraiment ?
En décembre 2024, Satya Nadella, directeur général de Microsoft, était l’invité de BG2, le podcast des investisseurs Bill Gurley et Brad Gerstner. Selon les comptes rendus de l’entretien, il y décrivait les applications métier comme des bases de données auxquelles s’ajoutent des règles de gestion. Ces règles, prévoyait-il, passeraient dans des agents d’intelligence artificielle capables de travailler sur plusieurs bases à la fois. L’idée même d’application métier pourrait alors s’effondrer. La formule « le SaaS est mort » (en anglais : “SaaS is dead”) lui est parfois attribuée, mais nous ne l’avons trouvée dans aucun compte rendu de l’entretien.
En mars 2025, Matthew Berman, qui publie des vidéos et une lettre d’information sur l’IA sous le nom Forward Future, a repris la formule à son compte. Avec l’IA, écrivait-il, il pouvait construire en quelques heures n’importe quelle application SaaS. Elle serait moins soignée que celle d’un éditeur, mais faite exactement pour ses besoins, et elle pourrait évoluer avec eux.
SaaS is dead. […] It's hyper-customized for exactly what I need.
Le SaaS est mort. […] Il est hyper-personnalisé, fait exactement pour ce dont j'ai besoin.
En août 2025, Elon Musk a annoncé Macrohard, un projet de sa société d’IA, xAI. Selon lui, puisqu’un éditeur de logiciels comme Microsoft ne fabrique pas de matériel, il devrait être possible de simuler entièrement une telle entreprise avec l’IA.
Début février 2026, les investisseurs s’en sont mêlés. Anthropic, l’entreprise qui développe l’IA Claude, avait publié des extensions pour Claude Cowork, un agent qui automatise des tâches juridiques, commerciales, marketing ou d’analyse de données. Selon Reuters, les investisseurs craignaient que ces agents ne bousculent les éditeurs de données et de services professionnels.
Le 3 février, l’action de Thomson Reuters, éditeur de bases de données juridiques, a perdu près de 18 %, sa plus forte baisse sur une journée. Les actions d’autres éditeurs de logiciels et de données ont suivi. Selon Bloomberg, Jeffrey Favuzza, de la salle des marchés de la banque Jefferies, a baptisé le mouvement « SaaSpocalypse ».
Le débat a aussi gagné les développeurs francophones. Le 20 février, Thibault Houdon, développeur Python et créateur de Docstring, une plateforme d’apprentissage de Python, a raconté avoir refait avec Claude Code, en un quart d’heure, les formulaires en ligne qu’il payait 25 € par mois.
Un exemple concret qui confirme que de nombreux SaaS vont couler.
Quatre jours plus tard, Cloudflare, un fournisseur de services d’infrastructure pour le web, a présenté vinext, une réécriture de Next.js, un framework de développement web très utilisé, sur un autre outil, Vite. Selon l’article de Cloudflare, un seul ingénieur l’avait réalisée avec Claude en moins d’une semaine, pour environ 1 100 dollars d’appels à l’IA. Cloudflare précisait que vinext ne remplaçait pas encore Next.js dans toutes les applications.
En septembre, Mike Codeur, développeur français et créateur de contenus sur le développement, a raconté avoir remplacé un SaaS par un outil qu’il a construit lui-même. Il loue des villas à la nuit, et à l’heure pour des séances photo, et il gérait les réservations à l’heure avec Timely, un SaaS de réservation. Le support de Timely avait mis quatre jours à lui répondre. Il a alors construit VillaSlot, qui réunit dans un seul outil les réservations à la nuit, les créneaux horaires et les paiements. Il avait d’abord décrit le produit : 20 fonctionnalités avec leurs critères d’acceptation, et 20 maquettes. Ses agents d’IA ont ensuite travaillé seuls pendant une nuit, et la première version était livrée le lendemain. Il le raconte aussi dans une vidéo.
Le support technique de Timely a mis 4 jours à me répondre. J'ai donc redéveloppé leur SaaS en 48 heures.
Tous n’en ont pas tiré la même conclusion. Au lendemain du message de Thibault Houdon, Ariel, développeur et créateur de plusieurs SaaS, connu sur les réseaux sous le nom Le Dev ULTIME, lui avait répondu que les SaaS n’allaient pas couler. Selon lui, la plupart des gens n’ont ni le temps ni l’envie de créer leur propre version d’un outil qu’ils paient déjà, puis de la maintenir. Et quand ils ont pris leurs habitudes avec cet outil, ils le gardent. En juin, il est revenu sur le sujet en relayant le message de shadcn, le créateur de la bibliothèque de composants shadcn/ui : lui aussi saurait construire ses outils, mais il préfère que quelqu’un d’autre les construise, les maintienne et les lui facture.
[…] Continuez de dire "le SaaS est mort, tout le monde va coder son propre SaaS".
Reste qu’il faut toujours quelqu’un pour développer ces outils. Quand on n’a pas les compétences pour le faire soi-même, ou pas l’envie, ce sont des développeurs qui s’en chargent.
Ces déclarations disent ce que certains croient ou craignent. Les chiffres des éditeurs racontent autre chose.
En janvier 2026, l’indice S&P North American Software, qui regroupe des éditeurs de logiciels cotés en bourse aux États-Unis et au Canada, a perdu 15 %, sa plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2008, selon Bloomberg. La chute du 3 février s’est ajoutée à ce mois déjà mauvais.
La crainte des investisseurs qui se défaisaient de ces actions tenait au mode de facturation. Un SaaS se paie le plus souvent par utilisateur. Si un agent d’IA fait le travail de plusieurs salariés, l’entreprise cliente a besoin de moins d’accès, et le chiffre d’affaires de l’éditeur baisse. Bloomberg parlait de compression des licences (seat compression), et un analyste cité par Reuters estimait que les outils d’IA mettaient à l’épreuve la tarification par utilisateur. Des commentateurs ont affirmé que certains éditeurs avaient déjà vu baisser le nombre de licences de leurs clients. Nous n’avons trouvé aucun rapport d’éditeur qui le confirme.
Le cours de la bourse et le chiffre d’affaires des éditeurs n’ont pas évolué dans le même sens. Début février, Atlassian, l’éditeur des logiciels de gestion de projet Jira et Confluence, a annoncé un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 23 %. Son action a pourtant perdu 6,3 % dans la journée. Selon l’agence de presse australienne AAP, elle avait perdu 69 % en un an.
Les mois suivants, le chiffre d’affaires des éditeurs a continué de croître. Le 5 août, Thomson Reuters, l’éditeur dont l’action avait le plus chuté le 3 février, a annoncé une hausse de 8 % de son chiffre d’affaires à périmètre constant. Dans sa branche juridique, cette hausse venait surtout de Westlaw, sa base de données, et de CoCounsel, son assistant d’IA pour les juristes. L’entreprise a relevé ses prévisions pour l’année. Le 26 août, Salesforce, l’un des principaux éditeurs de CRM, les logiciels de gestion de la relation client, a annoncé un chiffre d’affaires trimestriel de 11,3 milliards de dollars, en hausse de 11 %, rachat de l’éditeur Informatica compris. Le lendemain, l’investisseur David Sacks a estimé que le récit de la fin des SaaS était mis en pièces.
The “AI capex is a bubble” and “SaaS is dead” narratives getting shredded this morning.
Les récits « les investissements dans l'IA sont une bulle » et « le SaaS est mort » mis en pièces ce matin.
Plus largement, Gartner, un cabinet d’études spécialisé dans les technologies de l’information, prévoyait en février 2026 une hausse de 14,7 % des dépenses mondiales en logiciels sur l’année.
Les cours des actions des éditeurs ont en partie remonté. Selon le site d’information financière 24/7 Wall St., le fonds indiciel iShares des valeurs logicielles américaines a touché son point bas le 13 avril 2026, puis a regagné 41 % jusqu’au 12 octobre. Il dépassait alors d’environ 5 % son niveau du début de l’année. Le 16 octobre, les actions des éditeurs de logiciels ont de nouveau reculé. À ce jour, les marchés n’ont pas tranché.
Ce que Matthew Berman recherchait, ce n’était pas un logiciel de plus. C’était un logiciel fait pour ses besoins, et qui évolue avec eux. Cette exigence n’a rien de nouveau.
Meir Lehman, chercheur chez IBM puis professeur à l’Imperial College de Londres, a étudié pendant des années comment évoluent de grands programmes en service. En 1980, dans un article de la revue Proceedings of the IEEE, il a classé les programmes en trois types.
Un programme S fait exactement ce que dit une spécification complète, écrite d’avance, comme le calcul du plus petit commun multiple de deux nombres. Un programme P résout un problème du monde réel que l’on sait énoncer précisément, mais seulement de façon approchée, comme la prévision du temps. C’est le monde réel qui juge si la solution convient. Un programme E automatise une activité humaine, comme la gestion des stocks ou le contrôle aérien. Lehman écrivait qu’il devient une partie du monde qu’il représente : il y est intégré (embedded). Le E renvoie à ce programme intégré au monde réel, et non aux systèmes embarqués de l’électronique. Une fois en service, il change l’activité qu’il sert, et cette activité, en changeant, lui demande de changer à son tour.
Dans le même article, Lehman présentait ses lois de l’évolution du logiciel. La première, qu’il avait formulée dès 1974, concerne les programmes en service qui reflètent une réalité extérieure, comme la gestion d’une entreprise. Un tel programme doit être adapté en permanence. Sinon, il rend de moins en moins de services à ceux qui l’utilisent.
La raison tient à l’activité qu’il sert. Votre entreprise change : vos clients, vos procédures, la réglementation. Un logiciel qui ne change pas avec elle finit par décrire une entreprise qui n’existe plus.
En 2001, dix-sept spécialistes des méthodes itératives ont signé le Manifeste pour le développement agile de logiciels. Son premier principe dit, dans la traduction française officielle : « Notre plus haute priorité est de satisfaire le client en livrant rapidement et régulièrement des fonctionnalités à grande valeur ajoutée. » Le deuxième : « Accueillez positivement les changements de besoins, même tard dans le projet. » Le Manifeste ne décrit pas la livraison d’un produit fini. Il décrit un travail qui continue tant que les besoins changent.
Une application vivante n’est jamais finie : si l’on cesse de la faire évoluer, elle ne reçoit plus que des correctifs de sécurité et des mises à jour des composants sur lesquels elle repose, et c’est une application qui se meurt.
Un SaaS n’est pas un logiciel figé. Son éditeur le fait évoluer. Mais tous ses clients utilisent la même version : l’éditeur ne fait évoluer qu’un seul logiciel.
Tant que votre façon de travailler ressemble à celle de ses autres clients, cette évolution commune vous sert. Quand elle s’en écarte, vous demandez un ajustement. Il arrive que l’éditeur ne fasse pas les ajustements que vous demandez.
Vos équipes s’adaptent alors à l’outil. Elles tiennent un tableur à côté, ou se fabriquent un petit outil en dehors de ceux que l’entreprise a choisis. On parle de shadow IT, l’informatique parallèle. Notre article sur les outils adaptés à votre façon de travailler décrit ces signes, et ce qu’ils coûtent.
À notre lecture, le shadow IT illustre la loi de Lehman du côté des utilisateurs : quand le logiciel ne suit pas leur besoin, ce sont eux qui s’adaptent.
Non. Pour une activité que toutes les entreprises ont, et qui ne vous distingue d’aucune, comme la paie, un logiciel standard reste le bon choix. Martin Fowler, l’un des signataires du Manifeste agile et directeur scientifique de Thoughtworks, conseille dans ce cas, dans un billet de son blog, d’acheter le logiciel et d’adapter sa façon de travailler. Le même article sur les outils adaptés à votre façon de travailler détaille sa distinction.
La question utile n’est donc pas de savoir si les SaaS vont disparaître. Pour chaque activité, elle est de savoir si votre logiciel doit s’adapter à vous, ou si c’est à vous de vous adapter à lui.
À ce jour, en 2026, les chiffres ne le montrent pas. Les éditeurs cités ici continuent d’augmenter leur chiffre d’affaires, et les entreprises prévoient de dépenser davantage en logiciels. Ce que les investisseurs ont remis en question, c’est autre chose : la facturation par utilisateur, et la valeur d’un logiciel dont l’IA permet désormais de coder une copie en quelques heures.
Coder une copie ne suffit pas à la refaire proprement, avec la qualité, la maintenance et la sécurité dont une entreprise a besoin. Un outil fait maison demande aussi que quelqu’un le maintienne, le protège et veille aux données qu’il contient. Ce sont les coûts cachés de l’informatique parallèle, que nous avons décrits dans un autre article.
Pour un outil simple qui ne change plus, comme les formulaires de Thibault Houdon, la menace est réelle. Avec l’IA, écrire du code coûte peu, et la vérification devient le goulot d’étranglement, a dit Dave Farley, coauteur du livre Livraison continue (titre original en anglais : Continuous Delivery), dans son entretien de février 2026 pour le podcast d’Aviator. C’est l’expérience qu’a racontée Thibault Houdon.
Mais écrire le code n’a jamais été le plus difficile. Le plus difficile est de comprendre ce dont les utilisateurs ont besoin, de le leur livrer, puis de recommencer quand ce besoin change. Allen Holub, architecte logiciel et consultant, l’a écrit en septembre 2026 sur LinkedIn : tant qu’une IA ne saura pas mener une conversation avec les utilisateurs pour faire émerger leurs besoins, ce travail reste humain.
There's just Agentic coding. Big difference. Coding is a small part of the overall process.
Il n'y a que la programmation agentique. Grosse différence. La programmation n'est qu'une petite partie de l'ensemble du processus.
Les développeurs qui connaissent bien leur métier n’ont pas attendu l’IA pour mettre les utilisateurs et leurs besoins au centre de leur travail. Lehman l’écrivait il y a plus de quarante ans, le Manifeste agile il y a vingt-cinq ans. Le débat sur la fin des SaaS remet cette idée sous les yeux d’un public bien plus large. La valeur d’un logiciel tient à son adaptation continue aux besoins de ceux qui s’en servent.
Avec cette approche, la question change de sens. À notre lecture, un logiciel vendu comme un produit qui ne bouge plus peut être recopié. Un logiciel vendu comme un service, qui continue de s’adapter aux besoins de ses utilisateurs, ne se recopie pas en un quart d’heure, parce que ce que l’on paie, c’est l’adaptation, et elle continue chaque mois. L’IA rend ce travail moins coûteux à produire. Elle ne le rend pas inutile.
C’est exactement comme cela que nous travaillons chez DEVEDANOS. Nous suivons une approche où les utilisateurs jugent chaque fonctionnalité. Pour le développement d’un logiciel sur mesure, nous travaillons pour un budget fixe, facturé chaque fin de mois pour le travail réalisé. Votre application est utilisable en un mois, en quelques fonctionnalités essentielles : vos utilisateurs s’en servent immédiatement, et c’est leur usage qui définit les fonctionnalités suivantes à développer.
Ensuite, nous adaptons votre logiciel en continu à l’évolution de votre activité, de vos utilisateurs et de vos clients, aussi longtemps que vous le souhaitez. Vous changez de direction quand vous voulez, en toute réactivité, sans avenant ni surcoût.
Le budget comprend la maintenance corrective, adaptative, préventive et évolutive. Il comprend aussi la garantie zéro régression : si une fonctionnalité recettée et approuvée se comporte différemment après une modification, nous corrigeons sans surcoût et nous verrouillons le comportement par un test automatisé pour qu’il ne réapparaisse pas. Le code source, l’infrastructure, le pipeline de déploiement et la documentation sont votre propriété intellectuelle dès le règlement de la première mensualité. Période d’essai jusqu’à 15 jours ouvrés sur le premier mois : aucune facture si vous ne voulez pas des livrables.
Notre article sur l’approche prédictive et l’approche adaptative raconte ce que l’agilité voulait être. Et si vous vous demandez ce que l’IA peut construire seule, notre article sur la création d’une application avec l’IA montre où l’outil s’arrête.
Si vos logiciels ne communiquent pas entre eux, notre page intégration de logiciels décrit ce que nous pouvons mettre en place. Si l’outil qui vous manque est au cœur de votre activité, notre page application métier sur mesure décrit ce que nous construisons.
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