Le fichier a commencé comme un tableau simple, tenu par une personne. Puis toute l’équipe s’est mise à le remplir. Il suit aujourd’hui les stocks, les commandes ou les dossiers clients. Il est devenu indispensable.
À ce stade, le tableur fait le travail d’une application, sans en avoir les protections. Le transformer en application ne veut pas dire tout réinventer : le fichier sert de point de départ.
Fichier Excel partagé entre plusieurs utilisateurs : quand le tableur devient une application
Pour savoir si votre tableur fait déjà le travail d’une application, il faut d’abord savoir ce qu’est une application. La définition la plus claire que nous ayons trouvée est celle de Bob Baxley, dans un article publié en 2003 par Boxes and Arrows, un magazine en ligne consacré à la conception d’interfaces. Selon lui, une application a deux propriétés que l’on peut observer. Elle permet à ses utilisateurs de créer, modifier et conserver durablement des données. Et elle établit une relation propre avec chacun de ses utilisateurs.
Un fichier Excel partagé par plusieurs utilisateurs remplit déjà la première condition : chacun y crée, modifie et conserve des données. Il lui manque souvent la seconde. Dans un fichier échangé par e-mail ou déposé dans un dossier commun, rien ne limite ce que chacun peut modifier, et rien ne dit qui a changé quoi.
Votre fichier en est là quand :
- Plusieurs personnes le modifient chaque jour, parfois en même temps.
- Des copies circulent par e-mail, et personne ne sait laquelle est la bonne.
- Une seule personne connaît ses formules et ses macros.
- Il sert à gérer une activité entière : la gestion de stock, la gestion commerciale, le suivi des interventions.
Les limites d’Excel : les erreurs, et qui les voit
Un tableur rempli à la main a aussi ses erreurs. Raymond Panko, chercheur à l’université d’Hawaï, a réuni en 2000 les audits de tableurs réels menés dans des entreprises. Les audits les plus récents, qui employaient les méthodes les plus rigoureuses, trouvaient des erreurs dans au moins 86 % des fichiers examinés. La plupart ne comptaient que les erreurs importantes. Un chiffre faux dans un tableur se retrouve ensuite dans les décisions prises à partir de ce fichier.
Ce chiffre est discuté. En 2009, trois chercheurs du Dartmouth College, Stephen Powell, Kenneth Baker et Barry Lawson, ont jugé que l’idée d’erreurs répandues dans les tableurs reposait davantage sur des observations ponctuelles que sur des recherches solides. Ils ont alors audité 50 tableurs utilisés dans des organisations. Ils ont trouvé des erreurs dans 0,9 % à 1,8 % des cellules contenant une formule, selon la façon de compter. Le taux variait beaucoup d’un fichier à l’autre.
Les deux mesures ne disent pas la même chose : l’une compte les fichiers qui contiennent au moins une erreur, l’autre les formules fausses. Dans les deux cas, il a fallu un audit pour trouver ces erreurs : un tableur ne signale pas un résultat faux.
Le tableur a aussi des limites techniques. En octobre 2020, en Angleterre, 15 841 cas positifs de Covid-19 n’ont pas été comptés dans les chiffres nationaux, du 25 septembre au 2 octobre. Les résultats des tests passaient par des fichiers au format .xls, limités à 65 536 lignes, et les lignes en trop disparaissaient à l’import. Le cas concerne une grande organisation publique. Il montre pourtant ce qui guette tout fichier qui grandit : au-delà de sa limite, des données peuvent disparaître sans que personne soit prévenu.
Si votre activité dépend d’un fichier, demandez-vous qui verrait une erreur, et quand.
Excel ou base de données : où vivent vos données
Dans un fichier Excel, les données et les calculs sont mêlés dans les mêmes cellules. À notre avis, une formule écrasée par une valeur tapée à la main ne se voit pas.
Une application sépare les deux. Les données sont conservées dans une base de données, au même endroit pour tous les utilisateurs. Les règles de calcul sont écrites dans le code de l’application : personne ne peut les contourner, ni remplacer un calcul par une valeur tapée à la main. Chaque utilisateur se connecte avec son compte, et l’application sait ce qu’il a le droit de voir et de modifier.
Une application métier sert à suivre vos commandes, vos interventions, vos dossiers et les droits d’accès de chacun. Elle remplace souvent un tableur, ou plusieurs outils dans lesquels la même information est saisie plusieurs fois.
Il n’y a plus qu’une seule version des données. Plus personne ne travaille sur une copie des données. Lorsqu’une commande est saisie, toute personne qui a le droit de la consulter la voit.
Les règles de calcul ne dépendent plus d’une personne qui connaît le fichier.
Votre application peut aussi se connecter aux logiciels que vous ne remplacerez pas, comme votre comptabilité ou votre facturation. La même information n’est alors saisie qu’une fois et reste cohérente d’un logiciel à l’autre.
Et quand une tâche consiste à recopier une facture ou un bon de commande dans le fichier, l’IA peut lire ces documents à l’intérieur de l’application.
Remplacer Excel par un autre logiciel : du marché ou sur mesure
Si un logiciel du marché couvre déjà votre besoin, et que son éditeur fait les ajustements que vous lui demandez, il reste le choix le plus simple. Pour une activité qui ne vous distingue pas de vos concurrents, vous adapter à l’outil est souvent la bonne réponse : la distinction de Martin Fowler aide à trancher.
Votre fichier est parfois né parce qu’aucun logiciel du marché ne suivait votre façon de travailler. Un autre logiciel standard ramène alors le même problème : l’équipe garde le tableur à côté, pour ce que l’outil ne couvre pas.
Ce tableur tenu à côté, en dehors des outils que l’entreprise a choisis, est un cas de shadow IT.
Développement d’un logiciel métier sur mesure : partir du fichier
Le fichier contient déjà une bonne part de la description du besoin : les colonnes listent les données suivies, les formules les règles appliquées, les onglets la répartition du travail.
Le développement part donc du fichier, et des personnes qui s’en servent. On commence par les quelques fonctionnalités dont elles ont le plus besoin, pour qu’elles puissent quitter le fichier sur cette partie-là. Ce produit minimum viable vérifie que l’application répond au besoin avant d’aller plus loin.
Le reste du fichier continue de servir pendant ce temps. Chaque fonctionnalité qui part en production en remplace une partie, jusqu’à ce que plus personne n’en ait besoin.
DEVEDANOS : votre fichier devient une application métier, pour un budget mensuel fixe
Chez DEVEDANOS, nous développons votre logiciel sur mesure, utilisable en un mois, pour un budget mensuel fixe, et l’ajustons en continu à l’évolution de votre activité. Le budget se construit avec vous, à partir de vos chiffres et de vos objectifs : nous fixons ensemble le montant et le problème que votre application doit résoudre.
Nous commençons par échanger avec les utilisateurs de votre application, pour comprendre leurs besoins. À partir de ces besoins, nous spécifions chaque fonctionnalité, puis nous la développons. Les utilisateurs de votre application s’en servent dès le premier mois de développement, et c’est leur usage qui définit la ou les fonctionnalités suivantes.
Ce qui a été recetté part en production. Chaque jour, vous voyez l’application avancer sur votre environnement de recette.
Et pour que les calculs de votre fichier restent justes dans l’application, nous appliquons une garantie zéro régression : chaque régression est corrigée et couverte par un test automatisé, pour qu’elle ne revienne pas, et sans surcoût.
Le code source, l’infrastructure, le pipeline de déploiement et la documentation sont votre propriété intellectuelle dès le règlement de la première mensualité. Période d’essai jusqu’à 15 jours ouvrés sur le premier mois : aucune facture si vous ne voulez pas des livrables.
Notre page sur le développement de logiciel métier sur mesure montre ce que nous construisons : back-office, tableau de bord, portail client, outil de supervision.
Pour aller plus loin
Combien prévoir pour cette application ? Notre article sur le budget d’une application explique pourquoi viser un objectif plutôt qu’une liste de fonctionnalités.
Votre équipe tient une activité entière dans un fichier Excel ? On en parle ?
Sources
- B. Baxley, « What is a Web Application? », Boxes and Arrows, 20 janvier 2003 (les deux propriétés qui définissent une application web : modifier et conserver des données, relation propre avec chaque utilisateur).
- R. R. Panko, « Spreadsheet Errors: What We Know. What We Think We Can Do », actes du symposium EuSpRIG, juillet 2000, arXiv 0802.3457 (erreurs dans au moins 86 % des tableurs audités).
- S. G. Powell, K. R. Baker et B. Lawson, « Errors in Operational Spreadsheets », Journal of Organizational and End User Computing, 21(3), 2009, p. 24-36 (50 tableurs audités, erreurs dans 0,9 % à 1,8 % des cellules contenant une formule).
- The Register, « Excel spreadsheet blunder blamed after England under-reports 16,000 COVID-19 cases », 5 octobre 2020 (15 841 cas omis du 25 septembre au 2 octobre 2020, fichiers .xls limités à 65 536 lignes).